Archives de catégorie : Appel à contribution

AAC – Futurs porcins 1. Re-negocier le “sauvage” dans un monde plus qu’humain

Journée d’étude
Organisateurs
: Équipe de recherche du CEFRES Déroutant sanglier – Aníbal Arregui, Luděk Brož, Marianna Szczygielska, Virginie Vaté & Erica von Essen (Swedish University of Agricultural Sciences)
Date
: 16 & 17 octobre 2018
Lieu : Prague (adresse à préciser)
Langue : anglais

Popular media reports reveal that in many places of our planet animals considered “wild” attract significant public attention as they (re)enter into what we used to think were almost exclusively human habitats. Continuer la lecture de AAC – Futurs porcins 1. Re-negocier le “sauvage” dans un monde plus qu’humain

Les normes de l’écriture scientifique en discussion

Dates et lieu : 23-24 mai 2018, Prague
Date-limite d’envoi des propositions : 2 avril 2018
Organisateur : Julien Wacquez (EHESS, CESPRA, CEFRES)
Organisations partenaires: CEFRES, Institut de philosophie de l’Académie tchèque des sciences, EHESS, Université Charles
Langue : anglais

La journée est ouverte à des jeunes chercheurs (doctorat et post-doctorat) issus de diverses disciplines anglophones de France et des pays de Višegrad ainsi qu’à l’équipe du CEFRES. Merci d’envoyer votre proposition de communication assortie d’un titre (environ 300 mots) et un bref CV à Julien Wacquez : julien.wacquez@cefres.cz

Notre atelier se déroulera en deux jours : Continuer la lecture de Les normes de l’écriture scientifique en discussion

Quand tous les chemins menaient à Paris. Les échanges artistiques entre la France et l’Europe médiane au cours du XIXe siècle

Date limite d’envoi des propositions : 18 mars 2018
Organisatrices : Kristýna Hochmuth (UDU FF UK, NG) et Adéla Klinerová (CEFRES / ÚDU FF UK & EPHE)
Partenaires : CEFRES, ÚDU FF UK, ÚDU AV ČR, NG
Dates et lieu : 26-27 juin 2018, AV ČR, Národní 1009/3, Prague 1, salle 205
Langues : français, anglais

Aspects pratiques

La présente journée d’étude organisée par le CEFRES, l’Institut d’Histoire de l’Art de la Faculté des Lettres de l’Université Charles (ÚDU FF UK), la Galerie nationale de Prague (NG) et l’Institut d’Histoire de l’Art de l’Académie des sciences de la République tchèque (ÚDU AV ČR) est destinée aux doctorants, post-doctorants et jeunes chercheurs. Les échanges seront ouverts par une conférence inaugurale du professeur  Marek Zgórniak (Institut de l’Histoire de l’Art, Université Jagellonne, Cracovie)  et se prolongeront au cours d’un programme complémentaire destiné aux participants actifs et ouvert au public. Les communications n’excéderont pas 25 minutes et seront suivies de discussions.

Merci de faire parvenir aux deux organisatrices vos propositions de communications de 1800 à 3600 signes, en français ou en anglais, avant le 18 mars 2018, avec le formulaire de candidature rempli. Le comité de sélection contactera les candidats retenus au plus tard le 20 avril 2018. Les frais de déplacement et d’hébergement des participants ne peuvent être pris en charge par les organisateurs, mais nous proposons notre aide pour réserver le logement à Prague. La publication des travaux de la journée est prévue.

Télédécharger le formulaire de candidature ici

Argumentaire

La présente journée d’étude sera centrée sur les échanges artistiques au cours du long XIXe siècle (1789-1914) entre la France et l’Europe médiane (de l’Allemagne à la Russie).
On le sait, Paris a incarné une capitale culturelle éminente au XIXe siècle, et plus encore vers le tournant du siècle. Du moins est-ce ainsi qu’elle a souvent été évoquée par les artistes de l’Europe médiane qui souhaitaient en franchir les boulevards. Un imaginaire de la modernité française en Europe médiane a vu dans la France, et Paris surtout, une maturité de la vie culturelle et une richesse dans ses réalisations architecturales grandioses, dont l’Opéra Garnier était paradigmatique, mais aussi le lieu de l’émergence de courants artistiques novateurs.

Le but de cette rencontre est de reprendre ce sujet classique en histoire de l’art qu’est le rayonnement de la France artistique, et de l’analyser du point de vue de la théorie des transferts culturels. Il est ainsi question des différents aspects de la diffusion de la culture française à travers le domaine des beaux-arts (peinture, sculpture, architecture, arts appliqués, muséologie et protection du patrimoine).

D’abord, il faut s’interroger davantage sur les phénomènes propres au milieu français ou parisien qui ont retenu un tel intérêt auprès de la communauté artistique européenne et donc, sur les motivations des échanges culturels. Ceux-ci incluent la circulation de modèles, savoirs, pratiques, idées, motifs et formes, ou encore l’assimilation des structures institutionnelles.
Ensuite, il est question des réseaux permettant ces échanges, qui se constituent à partir des lieux de médiation et grâce à des médiateurs. Mentionnons ainsi le rôle des ateliers, musées, colonies d’artistes, revues artistiques ou professionnelles, associations artistiques, salons et cercles intellectuels, etc. Les médiateurs individuels ne se réduisent quant à eux pas aux artistes eux-mêmes, mais incluent les commanditaires, marchands d’art, galeristes, théoriciens et critiques d’art.
Enfin, la réception, l’appropriation et la réinterprétation des données au sein des cultures d’accueil doit être analysée. Les conditions dans lesquelles se produisent les échanges artistiques peuvent être déterminées par la situation politique et économique, selon l’ouverture d’une société vers le cosmopolitisme ou son rejet, l’accentuation ou non des idées nationales, ou encore par le fonctionnement du cadre institutionnel.

Le XIXe siècle est une époque fondatrice à bien des égards. Dans le contexte des beaux-arts, il faut souligner le développement du cadre institutionnel, qui touche à la fondation de musées et galeries, de sociétés d’artistes, architectes et ingénieurs, à la création des revues artistiques, au déploiement du marché de l’art ou encore à la naissance du système de la protection du patrimoine. Le XIXe siècle représente en même temps une époque de changements profonds. Les capitales européennes vivent une transformation urbaine importante et se trouvent souvent en chantier. L’architecture doit ainsi répondre aux nouveaux besoins de la société. L’aristocratie européenne, tout en gardant une place considérable parmi les commanditaires, joue désormais son rôle aux côtés de la nouvelle bourgeoisie, pour ne nommer que quelques phénomènes pertinents pour notre focus. Enfin, dans le contexte respectif des échanges culturels, il est important de prendre en considération la polarité entre la volonté de sauvegarder la tradition locale et celle d’assimiler des éléments novateurs.

Les propositions peuvent s’inscrire dans les thématiques suivantes :

Enseignement et formation artistique : L’enseignement poursuivi dans les établissements en Europe a pu, dans certains cas, contribuer à l’acquisition d’une meilleure connaissance de l’art français et de son histoire. D’un autre côté, beaucoup d’artistes ont voulu se rendre à Paris pour bénéficier de l’enseignement à l’Académie des beaux-arts ou bien dans des ateliers privés. Pour cette raison, la composition sociologique des élèves se situera au cœur de nos réflexions. Les pratiques quotidiennes dans les ateliers, y compris les aides pédagogiques utilisées (modèles, publications diverses), constituent également un important aspect à traiter.

Migration artistique : La migration artistique représente le véhicule majeur du flux culturel. L’enseignement est un des phénomènes qui la provoquent, mais il faut en identifier d’autres : les commandes reçues à l’étranger ou bien le pouvoir d’attraction des grandes expositions, des personnages artistiques renommés, des courants artistiques à la mode. La migration a lieu à diverses échelles : voyages de courte durée, séjours plus longs, voire installation des artistes à l’étranger. Il est souhaitable que les contributions valorisent des sources témoignant de la migration artistiques (carnets, agendas et récits de voyage, correspondance, catalogues d’exposition).

Style et expression artistiques : Quels sont les éléments novateurs qui ont initié une fascination pour l’art français ? De quelle façon les échanges effectués ont-ils marqué la production artistique dans l’espace des pays de l’Europe médiane ? Comment la référence à l’art français était-elle reçue à l’étranger ? Que signifiait-elle ? Comment le phénomène évolue-t-il par rapport aux générations successives ?

Topographie des transferts culturels : Il est ici question de la restitution des voies de transmission au sens géographique, et de l’importance du réseau des villes. La portée des villes de Paris, Vienne, Berlin ou Munich comme à la fois centres culturels et nœuds d’information et de transport pourra ainsi être prise en compte.

Bibliographie indicative

  • BIRKE Ernst : Frankreich und Ostmitteleuropa im 19. Jahrhunderts. Cologne/Graz, 1960.
  • CHARLE Christophe : La Dérégulation culturelle. Essai d’histoire des cultures en Europe au XIXe siècle, Paris, 2015.
  • CHARLE Christophe (éd.) : Le temps des capitales culturelles. XVIIIe-XXe siècles, Seyssel (Ain), 2009.
  • ESPAGNE Michel, WERNER Michaël (dir.) : Transferts. Les relations interculturelles dans l’espace franco-allemand (XVIIIe et XIXe siècle), Paris, 1988.
  • FERENČUHOVÁ Bohumila (dir.) : La France et l’Europe centrale. Les relations entre la France et l’Europe centrale en 1867-1914. Impacts et images réciproques, Bratislava, 1995.
  • FERENČUHOVÁ Bohumila, GEORGET Jean-Louis (éds.) : Politické a kultúrne transfery medzi Francúzskom, Nemeckom a strednou Európou (1840-1945). Prípad Slovenska, Bratislava, 2010.
  • HUEMER Christian : Paris – Vienna. Modern art markets and the transmission of culture, 1873–1939, Dissertation, City University of New York, 2013.
  • HORSKÁ Pavla : Prague – Paris, Prague, 1990.
  • HORSKÁ Pavla : Sladká Francie, Prague, 1996.
  • MARÈS Antoine (dir.) : La France et l’Europe centrale. Médiateurs et médiations, Paris, 2015.
  • NERLICH France : La peinture française en Allemagne, 1815-1870), Paris, 2010.
  • NERLICH France, BONNET Alain (dir.) : Apprendre à peindre. Les ateliers privés à Paris, 1780-1863, Actes du colloque (Tours juin 2011), Tours, 2013.
  • NERLICH France, SAVOY Bénédicte et al. (dir.) : Pariser Lehrjahre. Ein Lexikon zur Ausbildung deutscher Maler in der französischen Hauptstadt, Bd II, 1844-1870, Berlin/ Boston, 2015.
  • SAVICKÝ Nikolaj : Francouzské moderní umění a česká politika v letech 1900-1939, Prague, 2011.
  • ZGÓRNIAK Marek : Wokół neorenesansu w architekturze XIX wieku, Cracovie, 1987, rééd. Cracovie, 2013.
  • ZGÓRNIAK Marek : « Polscy uczniowie Académie Julian do roku 1919 / Polish students at the Académie Julian until 1919 », in: RIHA Journal, août 2012 (sans numéros de pages).

Illustration : Viktor Barvitius, Place de la Concorde à Paris, étude, détail, 1866, NG Prague

Voltaire, du Rhin au Danube (XVIIIe-XIXe siècles)

Journées Voltaire

Date-limite pour l’envoi des propositions : 20 février 2018
Organisateur : Guillaume Métayer (CELLF – CNRS)
Partenaires : CELLF (UMR 8599), Société des Études Voltairiennes, CEFRES, CERCLL (Université Jules Verne de Picardie)
Dates et lieu : 22-23 juin 2018, Université Paris-Sorbonne
Langue : français, interventions en anglais possibles
Contact : gme.metayer@gmail.com

Argumentaire

S’il est un écrivain et philosophe français des Lumières qui a entretenu d’intenses relations avec le monde germanique, c’est bien Voltaire. Outre ses nombreux séjours en Allemagne, et son célèbre appointement à la cour de Prusse auprès de Frédéric II, Voltaire a fréquenté Gotha, ou encore Aix-la-Chapelle. Surtout, de ses visites et relations et, plus encore, de ses lectures, sont nées de nombreuses œuvres de genres divers, parmi lesquelles la plus célèbre, Candide (1759), ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Par-delà cette fameuse Westphalie de fantaisie et de philosophie, L’Essai sur les Mœurs (1756) consacre des chapitres essentiels à cette histoire, dont Voltaire a donné ailleurs, à la demande de la duchesse de Saxe-Gotha, une autre version, plus détaillée : Les Annales de l’Empire (1753). L’Histoire de la guerre de 1741 (fondue et réaménagée dans le Précis du Siècle de Louis XV) ménage également une grande place à cet ensemble politique et culturel aux frontières mouvantes. Des questions aussi essentielles que la lutte du pouvoir temporel et spirituel, notamment entre la papauté et le Saint-Empire, la problématique de la Réforme et plus généralement de l’identité religieuse et politique de l’Europe sont donc placées au cœur de ses réflexions et de son travail d’historien.

Pourtant, l’intensité de l’intérêt de Voltaire pour l’Allemagne est lestée d’une ambiguïté et d’une ambivalence profondes : elle concerne avant tout la politique, l’histoire de l’Empire et l’espoir tout contemporain et tourné vers l’avenir de l’avènement d’un « roi philosophe » à Berlin, au détriment de la littérature, la langue ou les arts allemands, qu’il tient en piètre estime et raille volontiers. Or, à ce déséquilibre répond certainement à la fois la richesse et la nature souvent polémique de la réception de Voltaire dans le monde germanique : après une période où dominent ses imitateurs, Voltaire est devenu, à de rares exceptions près et sans négliger les nuances (Schiller, Goethe, Heine), la cible privilégiée du renouveau littéraire et philosophique allemand. Avant même le romantisme, Lessing avait donné le ton d’une tradition critique acharnée dont August Wilhelm Schlegel reprit le cinglant héritage. Il faut, semble-t-il, attendre les années 1870 pour qu’autour de David Friedrich Strauss, Dubois-Reymond, et surtout Nietzsche, la figure de Voltaire se transforme et redevienne, dans cette aire culturelle, une grande référence des Lumières européennes.

C’est cette interaction, dans le temps, entre la perception du monde germanique chez Voltaire et la réception allemande et centre-européenne de l’écrivain philosophe, dont ces Journées, quarante ans après le colloque de Mannheim*, souhaiteraient rouvrir le chantier, en s’appuyant tant sur les études de réception, de diffusion, de traduction, que sur des monographies séminales, en dialectisant, autant que possible, les deux pans de cette Wechselwirkung herméneutique. Le cas des possessions de l’Autriche (la Hongrie, la Galicie, etc.) pourra être également abordé.

* Voltaire und Deutschland. Quellen und Untersuchungen zur Rezeption der Französischen Aufklärung. Internationales Kolloquium der Universität Mannheim zum 200. Todestag Voltaires [Mannheim, 1978], Stuttgart 1979.

AAC – (In)Capacité, santé et handicap dans les sciences humaines et sociales

Journée d’étude interdisciplinaire

Organisateurs: Kateřina Kolářová (Faculté des Humanités, Université Charles, Prague – FHS UK), Martina Winkler (Christian-Albrechts-Universität, Kiel), Filip Herza (FHS UK / CEFRES), Kamila Šimandlová (FHS UK)
Quand
: 17-2-2018
: Akademické Centrum, Husova 4a, Prague 1
Langue: tchèque
Date limite d’envoi des propositions : 20-12-2017

Conceptualiser la santé et la maladie, la précarité biologique, les formes de stigmatisation, le handicap et les discriminations a fait l’objet d’importants débats au sein des sciences humaines et sociales. Continuer la lecture de AAC – (In)Capacité, santé et handicap dans les sciences humaines et sociales

AAC : Penser en paroles : la philosophie à la loupe de ses manuscrits et archives

Penser en paroles : la philosophie à la loupe de ses manuscrits et archives – méthodologies, histoire(s) et horizons

Organisatrice : Benedetta Zaccarello, CEFRES (CNRS-MEAE)
Dates et lieu : 7-9 juin 2018, Prague
Date-limite des candidatures : 21 janvier 2018
Langue : anglais
Partenaires : ITEM, IMEC, Archives Patočka (Académie tchèque des sciences), FHS UK

Merci d’adresser vos propositions (titre et argumentaire de 300 mots) et notices bio-bibliographiques à l’adresse suivantebenedetta.zaccarello@cefres.cz

La philosophie s’écrit, se pratique, se vit : elle est la traduction de l’expérience d’une subjectivité pensante dans un alphabet conceptuel et dans un tissu verbal. Le « je » de la philosophie est une chimère dont la tête effleure les hauteurs des concepts abstraits et des discours universels, tandis que le corps baigne dans cette expérience vécue qui seule peut mettre à l’épreuve la volonté de dire ce qui, depuis Kant au moins, ambitionne d’être valable pour chacun. À la charnière entre ces deux règnes, convoqués par l’effort de la spéculation, se situe la matière verbale dont le sens ne peut à son tour être déterminé qu’en relation aux contextes, aux pratiques d’écriture et de lecture qui la régissent, aux horizons de sens et aux même cibles polémiques qui ont marqué et marquent toute énonciation philosophique. De même, la spécificité de chaque écriture théorique est à la fois condition nécessaire pour que la discipline continue de vivre en se rénovant et transcendant ses propres catégories, et l’aspect le plus subjectif et personnel d’un travail qui vise traditionnellement le « neutre » de l’abstraction.

La « fabrique du texte » philosophique, comprise aussi bien comme son ancrage dans des dispositifs culturels et dans des facteurs sociétaires contingents, se heurte à une idée de la discipline qui pense son histoire comme liée à une suite de trouvailles abstraites, et d’intuitions novatrices échelonnant l’évolution de notre manière de penser. Le philosophe qui écrit est le premier à avoir tendance à effacer ce jeu complexe de négociations, entre existence et théorie, entre innovation conceptuelle et partage terminologique héritant d’une tradition séculaire, alors que manifestement les dynamiques de la production et de la réception philosophiques sont un objet complexe dont un des enjeux cruciaux se trouve dans la nature scripturale du phénomène.

Comme Derrida le rappelle en lisant Valéry, ce dernier aspect du métier du philosophe fait l’objet d’un oubli systématique et presque physiologique dans la manière dont nous nous représentons les ambitions de la discipline. Des frontières fortes semblent traverser des domaines qui sont facilement perçus comme divergents voire incompatibles entre eux : philosophie et littérature sont souvent considérées comme des sœurs ennemies, et leurs horizons respectifs ne prennent pas facilement en compte certains éléments qui se révèlent nécessaires pour comprendre — d’un point de vue dynamique et historico-culturel — la production de la prose théorique. Pareillement, et contrairement aux usages de l’âge romantique par exemple, il est rare que le métier intellectuel conjugue philologie et philosophie.

Pour toutes ces raisons, le manuscrit de philosophie est un objet étrange, auquel on a commencé à une époque assez récente d’attribuer une véritable valeur. Cependant, en Europe surtout, la création d’importantes archives réunissant de corpus philosophiques majeurs – tels Nietzsche, Benjamin ou Kierkegaard – a pérennisé la mémoire de l’écriture philosophique et permis à ces « arches » de traverser le temps en l’attente du moment où, notamment grâce au développement de nouveaux outils numériques, ces matériaux auraient pu trouver l’attention qu’ils méritaient. Le terrain de l’édition de manuscrits philosophiques apprend beaucoup sur l’importance des informations que ces supports sont susceptibles de donner, au-delà même des textes véhiculés par ces documents. Ce qui anime et structure le geste herméneutique fondé sur le travail sur manuscrits est une ontologie différente. À partir d’une telle perspective, l’évolution d’une écriture théorique devient une aventure vivante et spécifique, alors que l’histoire de la discipline peut être perçue comme un processus dynamique, pluridimensionnel et choral à la fois. Cependant, tous les documents d’archives, véritables traces d’autant de pratiques de la discipline disparates et peu connues, ne se prêtent pas à la « forme-livre » et restent par là cachés aux regards du public, alors qu’il est indéniable que l’accès aux archives permet souvent de comprendre l’allure, la méthode, la démarche et même les sources, les cibles critiques, les allusions que la publication a tendance à normaliser, à gommer, à estomper.

Souvent ce ne sont que les spécialistes travaillant à l’édition critique des œuvres d’un écrivain-penseur, ou encore les conservateurs en charge d’un fonds spécifique, qui sont amenés à développer une connaissance véritable d’un tel type de matériaux, car le travail sur manuscrits impose un temps lent de travail souvent incompatible avec les rythmes de la recherche et de la production intellectuelle. De ce fait, la créativité exprimée par les chercheurs dans la mise au point d’outils pensées ad hoc pour l’édition ou l’exégèse des manuscrits appartenant souvent à un seul un corpus philosophique n’a pas encore pu être mise en valeur à travers une approche comparative et visant à l’établissement de principes méthodologiques communs. Si la critique génétique a développée à partir des années 1970 un outillage important et une méthode philologique spécifique pour les manuscrits d’auteur, peu a été fait dans l’élaboration de lignes d’orientation dans le traitement des archives philosophiques.

Ce colloque vise ainsi à établir un dialogue entre spécialistes en provenance de différents pays et continents et ayant travaillé à des corpus différents de sorte à esquisser de premières lignes méthodologique et à établir un réseau collaboratif prêt à continuer dans ce travail de friche. La publication des actes du colloque fournira ainsi une première publication et la constitution d’un consortium de recherche en ce sens.
De plus, en portant à la lumière l’histoire de plusieurs archives philosophiques et leur ancrage dans l’histoire des hommes tout court, nous espérons valoriser ce genre de lieux en tant que sources de savoir et d’apprentissage sur le terrain, en même temps que sensibiliser à l’apport de ce genre de matériaux pour une différente approche à l’histoire et à l’exégèse de la théorie.

Les travaux seront articulés en quatre sections :

1 – Histoire(s) d’archives. Ce volet vise à recueillir des contributions concernant l’histoire de la création d’archives philosophiques ou de leur vies, en soulignant par là l’ancrage de ces institutions dans le paysage culturel et social de leur temps. En « contre-champs » ce même volet cherche à réunir des considérations sur l’idée d’histoire de la philosophie dégagée par le travail sur manuscrits.

2 – Conservation et édition. Ce deuxième volet du colloque a comme ambition de recueillir de témoignage de professionnels ayant travaillé à la conservation et/ou ) l’édition de manuscrits de philosophie pour mieux comprendre les difficultés relatives aux spécificités de chaque écriture théorique et la manière dont ces mêmes ont été affrontées. De même, nous traiterons en ce volet des questions liées à la numérisation des fonds théoriques et à l’intelligibilité de ses produits. Nous espérons recueillir un certain nombre de cas exemplaires ouvrant également à la session suivante du colloque.

3 – Editions et exégèses : approches et méthodologies. Ce volet du colloque vise à ouvrir des perspectives méthodologiques communes à partir de l’observation de plusieurs corpus de philosophe et sera articulé en une suite de contributions et en une table ronde de partage. Nous essayerons par là d’esquisser des lignes d’orientation pour le travail sur manuscrit philosophique, qu’il s’agisse d’édition ou d’exégèse.

4 – Les archives de la théorie. Cette dernière section du colloque aspire à recueillir des contributions concernant des corpus théoriques mais non proprement philosophiques tels la théorie littéraire, l’histoire de l’art, des sciences, la sémiotique… Par là nous espérons dégager des spécificités de ce genre de documents dans leur relation aux matériaux spécifiquement philosophiques.