Maria Kokkinou : Recherche et CV

L’Europe du ressentiment et des décombres : une Confédération des vaincus ?

Axe de recherche 1 Déplacements, « dépaysements » et divergences. Personnes, connaissances et pratiques

Maria Kokkinou vient de terminer un doctorat en anthropologie sociale et ethnologie dans le laboratoire de recherche de l’IIAC (Institut Interdisciplinaire de l’Anthropologie du Contemporain) à l’EHESS à Paris. Au CEFRES, elle est chercheuse post-doctorante dans le cadre du projet TANDEM intitulé « L’Europe des ressentiments et des décombres : une confédération de vaincus ? »

Sa thèse de doctorat portait sur les réfugiés politiques de la guerre civile grecque (1946-1949) qui ont fui en Bulgarie. Ce travail visait, entre autres, à faire la lumière sur la vie de diverses catégories et générations de réfugiés (y compris ceux nés en exil), pour une période couvrant la guerre froide et les années 1990 et 2000. La recherche s’est appuyée sur une enquête ethnographique multi-sites menée en Grèce et en Bulgarie, et sur deux types de sources : les archives de l’Organisation démocratique pour la culture et l’éducation, la DOME, fondée en 1962 par les responsables du Parti communiste grec présents à Sofia, et des entretiens approfondis (récits de vie) menés sur trois générations : les réfugiés, leurs enfants et leurs petits-enfants.

Cependant, les réfugiés de la guerre civile ne sont pas le seul groupe de population déplacé dans l’histoire moderne de la Grèce et de la Turquie.  En 1923, à la suite de la signature du Traité de Lausanne qui a initié un échange de population entre la Grèce et la Turquie. La majorité des citoyens orthodoxes turcophones (environ 1,2 million de personnes) ont été déplacés de force vers la Grèce, groupe connu dans l’historiographie grecque sous le nom de « réfugiés d’Asie Mineure ». Inversement, les citoyens grecs musulmans (environ 500 000 personnes) ont été déplacés vers la Turquie. Les populations orthodoxes et musulmanes qui ont été échangées avaient déjà habité l’Empire ottoman et étaient restées sur ses terres fragmentées, même après sa dissolution et la création d’États-nations.

Même si le Traité de Lausanne a privé la majorité de ces populations de leur lieu d’origine, il n’a éradiqué ni l’élément orthodoxe en Turquie ni l’élément musulman en Grèce, où les descendants de ces groupes déplacés résident encore en tant que minorités religieuses. Comment les individus déplacés de ces deux pays ont-ils vécu leur déplacement forcé ? A quels souvenirs associent-ils leur lieu d’origine ? Qu’est-ce qui ressort lorsque les acteurs se souviennent de la période de leur coexistence ? S’agit-il de mémoire ou d’oubli ? Comment le déplacement forcé transforme-t-il la mémoire ? Comment ces « minorités » vivent-elles leur coexistence actuelle ?

En utilisant des données ethnographiques provenant d’observations in situ sur les lieux d’origine et de résidence des deux minorités, combinées à des documents d’archives, cette recherche tentera de cerner le rôle de la mémoire à travers l’expérience de populations déplacées dans deux zones , la Grèce et la Turquie, où les descendants de ces populations vivent encore.  L’objectif est de mettre en évidence la place de la mémoire et de l’oubli dans les situations de déplacement forcé, en établissant une approche comparative avec d’autres exemples de déplacements forcés inscrits dans des temps et des lieux différents. C’est pourquoi, tout au long de cette recherche post-doctorale et à différentes étapes de son développement, des ateliers de groupe avec la participation de chercheurs des deux institutions seront menés, tandis que l’achèvement de la recherche, ainsi que sa publication sous forme d’articles et d’ouvrages édités, seront présentés lors d’une conférence.

CV

Formation

2019 : Doctorat en Anthropologie sociale et Ethnologie, EHESS, Paris. Instituer l’attente : la DOMÉ et les réfugiés de la guerre civile grecque en Bulgarie (1949-2010). Directeur de thèse : Jean-François Gossiaux
2007 : Master en histoire et immigration, EHESS, Paris : L’asile politique en Grèce, 1975-2005. sous la direction de Nancy Green
2004 : Licence en anthropologie sociale et histoire, Université de la mer Égée, Grèce
1997 : Apolitirio, (Bacalauréat), Likio Astakou, Aitoloakarnania, Grèce

Recherches de terrain

Sept.-nov. 2019 : Enquête de terrain en ,action ECOS n°C17H01 financé par CONACYT.hile entretiens et recherches en archives. Terrain réalisé dans le cadre du programe ECOS-SUD
2009-2011 : Enquête de terrain en Grèce et en Bulgarie : entretiens et recherche aux Archives de l’histoire sociale contemporaine (ASKI) et à ЦЕНТРАЛЕН ДЪРЖАВЕН АРХИВ (ЦДА), Archives centrales nationales de Sofia

Publications
  • « Les réfugiés politiques de Grèce en Bulgarie après la fin de la Guerre Civile (1946-1949). A l’occasion d’un épisode de l’histoire grecque, une discussion sur le terme de réfugié», Revue Социологически проблеми, thématique МИГРАЦИИ И МОБИЛНОСТИ2012, n°1-2, pp.275-292.
  • « How many meters does it take to change a country? Identity, borders and Migration in a Greek Minority village of Albania », acte de la 3ème école d’été de Konitsa Balkan Border Crossings, LIT, 2014, p.215-232.
  • « Le rapport à la ‘patrie perdue’. Idéologies et mémoires de réfugiés politiques grecs en Bulgarie (1949-2010)», Asylon(s), Expériences migratoires et transmissions mémorielles, N°12, juillet 2014, http://www.reseau- terra.eu/article1317.html
  • « Meta tin Taskendi : ‘filoalvaniki ; zahariadiaki ke markiki andimetopi me tous ‘orthodoxous kommounistes ke to KKE sti Vulgaia » Arhiotaxio, O kosmos olos egine ano kato, N°18, novembre 2016 (en grec)
  • Traduction du livre de Maurice Godelier en grec, « Au fondement des sociétés humainesCe que nous apprend l’anthropologie ”, Albin Michel «Bibliothèque Idées», Paris, 2007 (en apparition en 2019)
Communications et séminaires
  • 2019 : « Leaving in order to not come back : The Greeks of Chili, prelimenary thoughts of fieldwork». Communication au colloque organisé sous le patronage d’IIAC-LAIOS (EHESS), de la Maison Française d’Oxford et du Latin America Center à Oxford, intitulé «Migrations in Latin America and the Mediterranean compared: Violence, State cruelty and (Un-) Institutional Resistance »
  • 2018 : « Des enfances extraordinaires : Itinéraires et expériences des enfants déplacés de la Guerre Civile Grecque en Bulgarie». Communication au Colloque organisé sous le patronage de ECO-SUD, EHESS et IIAC intitulé « Figures et déplacement de l’ ‘Étranger’ : Gestion des corps, usages des mots ».
  • 2018 : « Between Experience and Institution during the Cold War: The Refugees of the Greek Civil War (1946-1949) in Bulgaria », Communication at 23rd Annual World Convention of the Association for the Study of Nationalities (ASN), Columbia University, New York
  • 2017 : «The Institutionalization of the Greek civil war refugeesness in Bulgaria. Past and Present.Communication au 9th International graduate student conference in Modern Greek studies : « Work in Progress : new approaches » in SEEGER Center for Hellenic Studies, Princeton University, USA.
  • 2016 : «Les réfugiés communistes en exil en Bulgarie au prisme de l’autobiographie » communication au séminaire Les sociétés sud-est européennes des XIXe-XXIe siècles au prisme des trajectoires individuelles de Nathalie CLAYER, directrice d’études de l’EHESS, directrice de recherche au CNRS (CETOBaC) et Xavier BOUGAREL chargé de recherche au CNRS ( CETOBaC ).
  • 2015 : « Après 1989 : Les Balkans dans le temps et dans l’espace » communication collective avec l’Atelier Balkans, 11ème Congrès International de l’Association International d’Études du Sud-Est Européen (AIESEE), Sofia, Bulgarie.
  • 2013 : « Instituer l’attente d’une vie à venir: le cas de DOME des réfugiés politiques de la guerre civile grecque en Bulgarie (1949-2010) », Atelier Jeunes Chercheurs de l’École Française d’Athènes (EFA), Athènes, Grèce.
  • 2009 : «The adventures of the term ‘Political Refugees’ in the Greek Legislation Concerning the Political Asylum (1975- 2005) »7th International Graduate and Undergraduate Student Conference de Border Crossing Network Balkans «The local, the national and the global-anthropological Perspectives», Plovdiv, Bulgarie.
  • 2008 : «Transformation historique de la notion de ‘réfugié’ politique en Grèce (1975 -2005) L’exemple des réfugiés politiques turcs », Conférence de l’AISLF « Être en Société, Le Lien Social à l’épreuve des cultures», Istanbul, Turquie.
  • Stage de formation au Centre National de Recherches Sociales, de l’Académie d’Athènes, administré par le département d’Anthropologie de l’Université d’Égée.
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